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dominique 1

Adeline Teflin, responsable du recrutement aux TEC


D’où vous est venue l’idée de cette mixité de genre au sein de votre entreprise ?


Tout naturellement ! Il n’y a pas eu de volonté ni de décision particulières. La mixité s’est constituée au fil des candidatures reçues, qui ont été traitée sans aucune discrimination d'âge, de sexe, d’origine…
La première femme a intégré nos services en 1989. Il n’y avait pas plus de quatre à cinq femmes au début, puis à partir des années 2000, c’est devenu plus régulier. Les femmes constituent à ce jour 25% de l’effectif, qui compte 1800 personnes, dont 1200 conducteur•trice•s. Nous recevons 8% de candidates pour cette fonction exercée par 6,6 % de femmes aux TEC. Par contre, dans les métiers liés à l’entretien des véhicules, nous n’avons aucune femme, et n’avons reçu aucune candidature de leur part.
L’intérêt pour la profession augmente auprès des femmes. Et à force d'en voir au volant des bus, cela donne des idées aux autres.


Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?


La gestion du stress dans l’exercice de ce métier peut être lourde, et il ne faut pas nier les exigences sur le plan commercial, mais au sein de l’entreprise les femmes sont traitées de la même manière que les hommes. Le salaire est bien sûr égal.
Il arrive parfois que certaines personnes refusent de monter dans le bus, par crainte de voir une femme au volant. Les croyances et les préjugés restent encore prégnantes pour certaines personnes, qui n’ont alors d’autre ressource que de monter dans le bus suivant, en espérant qu’un homme sera au volant !
En ce qui concerne les admissions, tou•te•s les candidat•e•s sont soumis à un examen écrit, comprenant des questions de calcul, de français, de code de la route… Ensuite un entretien est prévu, ainsi qu’une visite médicale. La taille doit se situer entre 1,60m et 1,95m pour des raisons de sécurité liées à la position dans l’habitacle. Il n’y a pas d'aménagement possible sur les bus. Il serait ingérable de prévoir des bus à configuration variable en raison de la difficulté de gestion du parc de véhicules et des horaires.
Le pourcentage de réussite des femmes est identique à celui des hommes. La formation pour l’obtention du permis est gratuite.


Quels ont été les aménagements à prévoir ?


Les travailleurs doivent adopter une neutralité générale, et ne peuvent porter des symboles de conviction ou d’appartenance particulières.
L’accueil des femmes n’a pas nécessité d'adaptation lourde en dehors de la mise à disposition de vestiaires et de douches séparés. Les conducteur•trice•s portent un uniforme. Les conductrices peuvent choisir de porter la jupe ou le pantalon.
En cas de grossesse, l’écartement est obligatoire dès le premier jour, en raison des vibrations subies. Et l’allaitement n’étant pas envisageable sur le bus, les mères sont en congé d’allaitement, sur la mutuelle.
Nous ne rencontrons pas de problème financier lié à l’accueil des femmes.


Quelle est la plus-value ? et le retour que vous en avez en interne et en externe ?


Le vécu est plutôt positif. Les retours font état d’un fair-play supérieur de la part des conductrices, qui sont qualifiées de plus douces dans la conduite du véhicule. On dénombre moins de conflits avec les voyageurs, et leur façon d'accueillir le client désamorce en général l'agressivité éventuelle. Elles sont aussi plus « cool » quant au respect des horaires, privilégiant le confort dans la conduite.


Commentaires du public :


Les bus ont été créés par des hommes pour des hommes ! Lorsqu’il y aura plus de femmes ingénieurs, elles concevront des engins adaptés aux deux sexes ! On rencontre le même problème par rapport aux ceintures de sécurité ou aux airbags dans les automobiles : ces systèmes ne sont pas encore adaptés à la grossesse ou à la taille moyenne des femmes…

 

 

 

dominique 2

Alain TOMBEUR, puériculteur


Avez-vous choisi ce métier par élimination ou par choix ?


J’ai choisi ce métier plutôt par élimination. En effet, j’étais en décrochage scolaire, et je n’étais pas attiré par les métiers manuels. J’aurais souhaité exercer le métier d’éducateur, mais je n’avais pas le diplôme requis. Alors je me suis tourné vers la formation d’auxiliaire de soin ou puériculteur. Quand j’ai terminé mes études, j’ai été sollicité par mes condisciples pour me diriger vers l’une ou l’autre de ces professions, et mon choix fut la puériculture.
Enfant, je me voyais plutôt dans l’enseignement, ou le médical. Jamais je n’ai pensé aux bébés, et cela ne m’intéressait que très peu, jusqu'à l’arrivée d’un nouveau-né dans la famille…


Comment s’est déroulé votre parcours scolaire ?


Moi je n’ai pas été chouchouté ! Mais j’étais bien dans ma peau. Le groupe s’est tout de suite bien positionné vis-à-vis de moi, et je n’ai eu que quelques petites remarques négatives…


Quelles ont été les réactions de votre entourage ?


Franchement ma famille a du mal à comprendre : « Ce n’est pas un travail ! Ce n’est pas valorisant pour un homme ! » Quant à mes parents, dans l'ensemble ça s’est bien passé. Ils ont bien été surpris au départ, mais après tout, le rôle du père a évolué, et je fus bien accepté dans la profession, grâce sans doute à l’évolution des mentalités.


Est-ce que cela vous dérange que l’on considère votre métier comme réservé aux h/f ?


Cela ne m’a pas touché. D’ailleurs, pouvoir en témoigner ici prouve bien une évolution, qu’on arrive à dépasser les stéréotypes. J’espère que l'évolution sera toujours aussi positive, et que ce sera de plus en plus facilement accepté pour les suivants.


Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de votre métier ?


C’est un peu en fonction de l'équipe. Si on rencontre des difficultés, il faut pouvoir emprunter une autre voie ou trouver des moyens de faire passer l'idée qu’on défend. Le fait d’être motivé aide à faire sa place.
C’est aussi une question d’attitude. En cas de difficulté, on peut toujours trouver des solutions. Si on est confronté au refus de certains parents, il faut pouvoir convaincre qu’il n’y a aucune crainte à avoir. On ne peut accepter de discrimination de la part de parents non plus. En général, l’entreprise doit prendre le risque de la mixité, et bien sûr, si le client refuse, il ira voir ailleurs. Pour changer les mentalités, il faut rester ferme par rapport à la politique de mixité. Je n’ai jamais été confronté à une interpellation quand il s’agissait de changer les langes, par exemple.
Certains parents demandent bien où est la dame, quand ils amènent leur enfant. Alors je réponds avec un sourire que la dame, c’est moi ! Il faut laisser le temps de s'y faire…

 

 

 

dominique 3

Thierry DELHALLE, aide-soignant


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à choisir ce métier ?


À 46ans, je suis devenu aide-soignant. J’ai exercé le métier de couvreur pendant 23 ans, jusqu’à mon licenciement pour des raisons de dumping social.
Pour retrouver de l’emploi, ce qui n’était pas facile à mon âge dans le domaine précédent, j’ai repris des études de promotion sociale à l’IPEPS de Huy. Cette fois j’ai choisi un secteur qui correspondait à mes envies de jeunesse et qui offrait plus de débouchés, et depuis le mois de juin, je suis aide-soignant.


Comment s’est déroulé votre parcours scolaire lors de votre reconversion ?


Au départ j’ai dû prouver ce que je valais, démontrer mes capacités à exercer ce métier. Il est vrai que j’ai été un peu « chouchouté » au départ, mais cela ne fut pas plus facile pour autant, même si on me passait un peu plus de choses : on me posait moins de questions, mais on m’en demandait plus en travaux pratiques. Je n’ai jamais eu de remarques désobligeantes en tout cas !


Quelles ont été les réactions de votre entourage ?


Lorsque je révélais mon nouveau métier, on me souhaitait bien du courage ! « Les femmes ont plus de facilités que toi dans ce domaine », me disait-on. Et cela même au sein du secteur. Mais je n’ai jamais baissé les bras !


Est-ce que cela vous dérange que l’on considère votre métier comme réservé aux femmes ?


Finalement les réactions de ce genre sont devenues assez rares. Il faut vivre avec son époque, et aujourd’hui, on compte plus d’hommes qui s’occupent des patients. Et si cela pose problème à certaines personnes, à moi cela n’en pose absolument pas !


Rencontrez-vous des difficultés dans l’exercice de votre métier ?


Quand je suis arrivé dans le service, il y avait déjà quatre hommes qui l’exerçaient. Je dois dire que je ne rencontre pas souvent de problèmes quand je m’occupe d'une femme. Par contre j’ai été confronté au refus d'un homme, qui préférait être soigné par une femme ! Par contre, on me dit quelquefois que je suis plus doux et plus calme que certaines femmes…
Exercez-vous le métier de vos rêves, celui que vous pensiez exercer quand vous étiez petit ?
En vérité, j’aurais voulu être astronaute ! Mais le métier d’infirmier me plaisait aussi. Mes parents me l’interdirent car ils estimaient que ce n’était pas un métier pour les hommes. Je me suis donc dirigé vers la menuiserie-ébénisterie, alors que je préférais le secteur de l’aide à la personne.



 

dominique 4

Maria Sita, employée au service Achats d’Engie Fabricum.


D’où vous est venue l’idée de cette mixité de genre au sein de votre entreprise ?


La direction du groupe international situé à Paris a décidé d’accueillir plus de femmes au sein de la société, alors que son domaine d’activité touche à la gestion du pétrole, au câblage électrique, bref des domaines plutôt techniques… Une stratégie de féminisation a donc été décrétée. Le taux d’emploi des femmes se situe aux alentours des 23%. L’objectif est d’atteindre 50% de travailleuses. Au Conseil d’Administration on compte  17% de femmes.
Depuis cette décision, les nouveaux emplois sont à 50% réservés aux femmes. Au niveau du management, 24% sont des femmes après une période transitoire de 4 ou 5 ans. Nous avons donc connu une évolution positive de la part des responsables.
La formation reçue est identique pour les deux sexes.


Votre reconversion au service achats vous convient-elle ?


Il s’agit d’un métier assez technique, qui consiste à fournir des chantiers. Cette fonction n’est pas insurmontable pour une femme qui compte 25 ans d'expérience. J’ai débuté dans l’entreprise comme comptable, mais les bureaux ont été centralisés à Bruxelles. Comme je souhaitais rester dans ma ville de Liège, j’ai postulé au service achat. Les contacts avec les vendeurs se passent plutôt bien, et je peux être ferme dans la négociation, même sur des sujets techniques. Aux dires de certains de mes interlocuteurs, « pour une dame, je sais négocier… » !


Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?


Au niveau du personnel ouvrier, les candidatures féminines ne sont pas acceptées car les aménagements nécessaires seraient trop coûteux. Il y a eu une seule exception pour une soudeuse câbleuse très efficace dans son domaine. Elle fut engagée.
Les congés parentaux ne sont pas sollicités de manière égale, mais les hommes commencent à en prendre.


Était-ce vraiment si compliqué d’intégrer des femmes ouvrières ?


La femme soudeuse sait en tout cas se faire respecter. Elle est très motivée, et d’un caractère bien trempé.

 

 

 

dominique 5

Julie DEMULDER, matelote


Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à choisir ce métier ?


J’ai toujours été attirée par les métiers en rapport avec l’eau, comme ceux de docker, ou pêcheur… J’ai suivi des études professionnelles que j’ai à chaque fois réussies en boulangerie, cuisine, aide-soignante ou la vente, mais je n’avais pas envie d’exercer ce genre de métiers. Alors à 22 ans, après cinq ans d’études pour obtenir mon CESS, j’ai été engagée au port des Yachts. J’ai suivi une formation de matelot sur la péniche « Province de Liège ». Mon stage fut concluant et on me proposa d’ailleurs un stage d'une semaine supplémentaire. J’ai décroché ensuite un CDI après avoir réussi mon examen et maintenant un mois sur deux je suis en mission sur l’eau !


Comment s’est déroulé votre parcours scolaire ?


Dans ma classe nous étions trois filles et onze garçons. Les trois filles et quatre  garçons ont réussi ! Nous étions traitées de la même manière que les garçons. En préalable, le capitaine prit la parole pour demander de respecter les filles à bord, et tout s’est toujours bien passé.


Quelles ont été les réactions de votre entourage ?


Quand je parlais de mon métier, j’avais des réactions du type « C’est ça, tu es lesbienne quoi ! » Mais mes proches n’étaient pas étonnés. On croyait cependant que j’exercerais dans les domaines du tourisme ou des loisirs, mais quand j’ai obtenu mon CDI pour le transport de marchandises, ça n’est pas bien passé… « Heureusement que ta fille a 14 ans », disait-on, car partir un mois sur deux, c’était aux yeux des autres un gros problème. Mais moi, j’aime les voyages et le « lourd »…
Ma fille avait 13 ans quand j’ai commencé à travailler. Je suis en instance de divorce, et nous avons négocié à l’amiable une garde partagée d’un mois sur deux. Quand je suis en voyage, elle est chez son père, qui est informaticien. Tout se passe pour le mieux. Il est très ouvert. D’ailleurs lors de la naissance de notre fille, il a pris un congé parental tous les mercredis. Ce ne fut pas facile pour lui, car à son travail on l’a insulté, l’accusant d’être homosexuel, d’être un parasite pour la société, d’être soumis à son épouse. Mais il m’a toujours encouragée.
Il reste quand même un problème culturel. Après tout, on ne demande pas à mon frère militaire comment il fait avec les enfants quand il part pour de longues périodes ! Et bien sûr, en ce qui me concerne, dès qu’il y a un petit problème avec ma fille, on met ça sur le dos du métier que j’exerce…


Est-ce que cela vous dérange que l’on considère votre métier comme réservé aux h/f ?


C’est bizarre, mais quand on me voit rentrer à la maison avec mes bagages, ceux qui me croisent me disent « tu reviens de vacances ? ». Et je réponds « Non, je suis matelote ». « Ah dans le tourisme ? » demande-t-on alors. « Non, dans le transport de marchandises ». Alors, la conversation finit souvent sur un blanc…


Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de votre métier ?


Très peu en fait. Pendant les vacances scolaires, ma fille m’accompagne pendant un mois. Avec mes collègues, tout est OK ! J’ai la chance de travailler avec un couple de capitaines que j’ai connus en stage. Au début, j’avais un collègue matelot sexiste. Finalement, c’est moi qui le remplace… Mon collègue actuel est très correct. Comme le dit le capitaine aux hommes qui exercent le même métier que moi, « une matelote, c'est comme un homme sauf que c'est une femme » !
Je dois avouer qu’il y a bien une différence de masse musculaire entre mes collègues masculins et moi, et que j’ai un peu de mal avec les écoutilles de 200 Kg. Mais finalement ça vient avec l'expérience… Et franchement, je me sens aujourd’hui comme un poisson dans l'eau !