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Quel féminisme en photographie à l’heure des blogs et des réseaux sociaux ?

 

Aujourd’hui, les femmes sont nombreuses à s’emparer du médium photo dans des stratégies plus ou moins militantes d’affirmation personnelles, artistiques, professionnelles, politiques.

Nous interrogeant sur l’idée du féminisme en photographie aujourd’hui, nous avons rencontré plusieurs femmes photographes, dévoré des images, plongé dans une passionnante littérature. Et nous avons notamment découvert le concept du « male gaze ».

 

Trois talentueuses photographes hutoises ont accepté que leurs images illustrent l’article développé dans l’Acte 8 (vous pouvez télécharger le magazine ici). Merci infiniment à Ania Cyrson, Barbara Salomé Felgenhauer et Muriel Joye !

 

Nous leur avons posé quelques questions.

 

ANIA CYRSON

 AB acte8 barbara

 

Pouvez-vous brièvement retracer votre parcours photographique ?

Cela a commencé il y a bien longtemps… J’étais à l’université en Pologne, en communication, et je ne sais pas pourquoi j’ai eu l’envie de faire de la photo. Je suis rentrée à l’Académie des Beaux-Arts et j’ai cumulé les deux cursus pendant un an. Mais je me suis rendu compte que c’était trop compliqué. J’ai dû faire un choix, et sous la pression familiale j’ai décidé de poursuivre mes études universitaires, tout en poursuivant la photographie sur le côté. Cette activité secondaire m’a amenée à participer à des expositions collectives ou personnelles et à d’autres évènements d’art contemporain en Pologne, en Belgique, au Japon…

 

Quelles sont vos sujets de prédilection en photographie ?

 Il y a presque toujours une présence humaine directe ou indirecte dans mes clichés. Le travail sur l’ambiance est également important, tout comme mon ressenti au moment de faire une photographie. J’aime travailler sur le lien entre le corps et l’esprit de l’être humain. L’ambiance et le ressenti dégagés par une photo me tiennent le plus à cœur.

 

Existe-t-il selon vous une différence entre la façon dont les femmes et les hommes photographient les femmes ?

En répondant rapidement et en généralisant, j’aurais d’abord dit que oui. Mais après y avoir réfléchi un peu plus, je dirais que cela dépend du ou de la photographe, de sa personnalité, de son état d’esprit au moment où la photo a été prise. Je pense que les hommes ont une part de féminité en eux et que celle-ci ressort plus ou moins par moment. C’est la même chose pour les femmes et leur part de masculinité. C’est en tout cas très vrai dans mon cas. Je pense que la façon de photographier les femmes est vraiment très personnelle, que l’on soit un homme ou une femme.

 

Avec quelle(s) impulsion(s) photographiez-vous des femmes vous-même (explorer, défier, comprendre, rechercher, esthétiquement, militer, célébrer…) ?

J’avoue qu’il y a toujours une recherche esthétique dans mon travail. Quand je regarde une de mes photos par après, j’aime me dire que je l’aime bien ! Après, il y a aussi une démarche de questionnement : par la photo, j’essaie de comprendre mon ressenti par rapport à ce que je vois. Je dirais que la motivation pour réaliser des autoportraits est avant tout d’ordre pratique. Je sais ce que je veux obtenir quand je fais une photo et cela m’est donc plus facile que de devoir demander à quelqu'un de poser, ou de fixer un rendez-vous avec un modèle.

 

Quelle est l’histoire de la photo « Mon bonheur » publiée dans l’Acte 8 ?

C’est une de mes photos les plus personnelles… C’est une image liée à l’arrivée de ma fille dans ma vie. Elle exprime la dissonance – que j’ai vécu comme violente – entre l’émerveillement et quelque chose d’hyper effrayant à la fois. Voir la cicatrice a été un choc : il s’agissait de la trace du moment le plus beau de ma vie… qui était aussi le plus horrible.

Je suis fascinée par les cicatrices en général. Je les trouve belles car elles racontent une histoire, un moment important dans la vie de quelqu’un.

 

Quel est le nouveau/futur projet photo qui vous occupe actuellement, vous tient à cœur ?

J’ai plusieurs projets, qui prennent forme plus ou moins lentement…

Pour le premier, je me promène la nuit et je photographie des habitations, les gens et ce qu’ils veulent me montrer, ce qu’ils cachent. Les différences culturelles qui peuvent exister par rapport à cela m’ont interpellée lorsque je voyageais. En Pologne, d’où je viens, on cache tout. Dès qu’il fait nuit les gens ferment leurs rideaux pour pouvoir allumer la lumière. C’est très rare que l’on puisse voir à l’intérieur de chez les gens. J’ai remarqué qu’aux Pays-Bas, c’est l’inverse : on peut voir tout, la vie dans les maisons, les gens qui se grattent le nez… En Belgique, c’est un peu entre les deux… Je trouve cela très intéressant.

Le deuxième projet relève d’un retour aux sources. J’ai pris mes premières photos à l’âge de 5 ans, lorsque ma mère m’a tendu son appareil. On y découvre ma mère, mon père, ma sœur : ma famille la plus proche. Mais par après, pendant des années, j’ai très peu photographié mon entourage. A présent, je commence à le faire, dans différentes circonstances, avec un appareil, un téléphone, peu importe… L’enjeu n’est pas de faire poser mais de fixer des moments de partage. 

J’ai commencé le troisième projet avec une amie qui a malheureusement subi l’ablation d’un sein suite à un cancer. Nous développons une collaboration avec des femmes, devenues des amies, rencontrées au cours de son traitement et d’autres photographes. Nous espérons grâce à cela récolter des fonds pour la lutte contre le cancer du sein.

 

Site internet en construction. 

Facebook Aniacyrson.com

 

BARBARA SALOME FELGENHAUER

 AB acte8 barbara

 

Pouvez-vous brièvement retracer votre parcours photographique ?

Autodidacte en montage vidéo avant d’intégrer l’Ecole Supérieure des Arts de Saint-Luc à Liège pour rencontrer la photographie. Diplômée en 2013, j’ai voyagé. Ensuite je suis partie vivre à Bruxelles où durant deux années j’ai assisté Merel ‘T Hart, une photographe de talent, dans son studio. Depuis deux ans, je travaille comme photographe à l’Institut Royal du Patrimoine artistique belge où nous réalisons avec une petite équipe les prémices de l’inventaire du patrimoine mobilier en région de Bruxelles-Capitale.

 

Quels sont vos sujets de prédilection en photographie ?

La femme, les hommes, le portrait, la mode.

 

Existe-t-il selon vous une différence entre la façon dont les femmes et les hommes photographient les femmes ?

Oui. Je pense que la femme est représentée dans la société comme un objet de désir. Les hommes, lorsqu’ils la photographient, vont naturellement la sexualiser. Quand je vois une photo avec un modèle féminin, en général je peux dire si elle a été photographiée par une femme ou par un homme. Je pense que les femmes aujourd’hui essayent de se libérer de cette image réductrice que l’on donne au corps féminin, ça se ressent et ça se voit.

 

Avec quelle(s) impulsion(s) photographiez-vous des femmes ou vous-même (explorer, défier, comprendre, rechercher esthétiquement, militer, célébrer…) ?

Un peu toutes ces impulsions à la fois. Cela dépend aussi du projet. Si c’est de la mode, c’est plus une recherche esthétique et le fait de raconter des histoires. Si c’est du portrait, c’est une sorte de vérité, de réalité, de simplicité. Dans tous les cas, j’aime ce qui est beau, ou plutôt j’aime rendre tout beau. Car tout est beau à regarder !

 

Quelle est l’histoire de la photo publiée dans Acte 8 ?

Cette photo est issue d'une série réalisée avec ma maman. Elle a toujours eu un rapport assez complexe avec son corps. Elle est à la fois forte et sûre d'elle mais avec beaucoup de croyances parasites qui selon moi l'empêchent d'être en accord avec son enveloppe corporelle. J'ai voulu la sortir un peu de ça, la forcer à se dépasser, se surpasser. A se prendre moins au sérieux et à se regarder. Même si elle a des difficultés, j'espère qu'elle en sera fière un jour. 

La photo n'a pas de titre, mais elle pourrait s'intituler : Résille-moi. Le bas résille est un accessoire que j'associe à la fois à la maman et à la femme qu'elle est. J'ai toujours adoré la voir porter ces bas. C'est osé et ça a du caractère. J'en porte moi aussi aujourd'hui. 

 

Quels sont les projets photo qui vous occupent actuellement, vous tiennent à cœur ?

J’ai beaucoup de projets et d’envies sur le feu… Mais un projet personnel qui me tient à cœur se construit petit à petit dans l’ombre depuis déjà un moment. Je l’avais commencé avant même de le savoir et de lui donner un nom : You are real.

Je photographie les femmes pour leur dire qu’elles sont bien réelles, entières. Je veux qu’elles posent un regard neuf sur l’enveloppe de chair qui les constitue, qui les rend unique, qui les rend belles. Qu’elles se sentent libres. J’espère en faire une expo, un livre, quand j’aurai photographié un maximum de femmes. Ça n’aura jamais de fin en fait et j’aime bien cette idée !

 

www.barbarasalomefelgenhauer.be

Instagram @barbarasalome.f

 

MURIEL JOYE

 AB acte8 murielle

 

Pouvez-vous brièvement retracer votre parcours photographique ?

Je suis photographe autodidacte et j'ai commencé jeune à être passionnée par la photo. Mon premier appareil était un rouleau de papier WC, entouré de feutrine rouge. J'y avait mis un cordon pour le pendre à mon cou. J'étais fière mais très vite insatisfaite, vous l'aurez compris. J’avais peut-être 6 ans. C'est Saint-Nicolas qui m'a apporté mon premier appareil photo en état de marche : un vieux polaroid dont les recharges sentaient bon le yaourt. 

 

Quels sont vos sujets de prédilection en photographie ? 

J'aime photographier les frémissements dans les arbres, les mutineries des petites filles-fleurs, et de celles et ceux qui ont oublié de grandir. Enfant, je photographiais les fleurs et les papillons, je mettais en scène mes cousins, mes chiens et les poules de papy. Cela n'a pas vraiment changé, je photographie beaucoup d'enfants et vous verrez souvent un volatile dans mes clichés ! 

 

Existe-t-il selon vous une différence entre la façon dont les femmes et les hommes photographient les femmes ? 

Il n'est pas facile de répondre à cette question. A priori, j'ai envie de dire que oui, la manière de photographier la femme est différente chez l'homme et la femme mais il m'est difficile de répondre en quoi. Peut-être que cela vient du mouvement initié par la modèle, sa demande, sa démarche, lorsqu'elle choisit de travailler avec moi en tant que femme ou pour mon univers ?

Je photographie principalement les enfants mais aussi beaucoup de femmes. J'ai de nombreuses demandes de femmes souhaitant faire des photos avec moi pour avoir plus confiance en elles. Beaucoup le font après une grossesse ou tout autre événement qui les a fragilisées ou changées. Je pense à cette jeune femme courageuse, souriante alors qu'elle vivait à ce moment une expérience difficile avec son ex-compagnon. A demi-mot, lors de la prise de vue, elle m'explique son vécu, ses blessures, ses peurs. Je photographie une femme que je vois belle et forte. Lorsque l'on échange autour des photos que je lui remets, quelques jours plus tard, elle m'explique combien cette expérience avec moi lui a été utile pour rebondir. 

 

Avec quelle(s) impulsion(s) photographiez-vous des femmes ou vous-même (explorer, défier, comprendre, rechercher esthétiquement, militer, célébrer…) ? 

Je photographie toujours mes modèles avec bienveillance et en construisant l'image avec elles, en fonction de ce qu'elles aimeraient raconter, avec ce qui les fait rêver. Je souhaite toujours qu'elles retrouvent une certaine innocence et une part d'enfance. Leur fragilité et leur force apparaissent en même temps. Je pense qu'il y a beaucoup de délicatesse et de sensualité mêlées dans mes clichés. J'aime aussi traduire une certaine complicité lorsque je travaille avec plusieurs modèles ensemble. 

Il y a donc chez moi probablement une célébration de certaines facettes de la féminité, cette dualité entre fragilité et force, gravité et espièglerie, maturité et part d'enfance. Il m’est difficile d’exprimer avec des mots ce que je raconte avec mes images. En réalité, ce sont des histoires que je crée, avec le modèle devenue héroïne d'un conte de fée. De même, lorsque je photographie des jeunes filles et des enfants, il y a une grande part de gravité à côté de l'insouciance apparente.

Tout cela n'est pas calculé, commandé, pré-écrit. J'ai une idée qui germe dans ma tête, mais je la laisse pousser de manière sauvage. Je travaille de manière très pulsionnelle, instinctive. Je demande juste à mes modèles d'évoluer librement ou de se laisser aller à une certaine rêverie. « J'espère que les photos retranscriront mon état d'esprit à ce moment-là entre lâcher-prise et derniers sentiments de peur » m'a écrit une de mes modèles, me remerciant d'avoir cru en elle. 

 

Quelle est l’histoire de la photo publiée dans Acte 8 ?

L'histoire s'est construite à travers l'échange que j'ai eu avec mon modèle. C'est une histoire vraie. J'en parle sous forme de métaphore dans mon blog Il Fée Beau :

http://ilfeebeau.com/index.php/2017/06/10/le-pouvoir-des-fleurs/

« Le pouvoir des fleurs, c’est d’être fortes malgré leur apparence de fragilité, à travers vent et tempête, battues par la pluie, frigorifiées sous le gel. Elles puisent leur force dans le soleil et dans la Terre-mère. Si elles sont belles, chacune à leur façon, c’est parce qu’elles rayonnent d’amour pour la vie. »

Quelques jours après avoir publié ces photos et ces lignes, j'apprends que l'amour frappe à la porte et que le conte de fée est devenu réalité. Je pense que c'est la plus belle histoire que je n’ai jamais racontée !

 

Quels sont les projets photo qui vous occupent actuellement, vous tiennent à cœur ?

Je fais encore quelques collaborations avec des modèles qui ont quelque chose à me partager. Mais actuellement, je travaille surtout autour de la mode enfantine que j'aime mettre en scène dans mon univers particulier sous forme d'éditoriaux photographiques. C'est important pour moi car c'est une reconnaissance de mon travail. 


www.ilfeebeau.com

Instagram @il_fee_beau